à propos...

Initié en 2018 comme prétexte à une pratique quotidienne de la photographie, distances est un travail sur un corps

suspendu : le corps des usagers des transports en commun.

Un corps suspendu à la distance qui sépare deux points dans le temps : un point de départ et un point d’arrivée. Un corps suspendu à la distance qui le sépare des autres corps. Un corps suspendu à la distance qui fait et (dé)montre sa différence avec les autres corps. 

Lors d’un déplacement, seul le corps soutient la durée du trajet. Le regard, lui, est ailleurs. Il s’affaire à négocier avec le face à face et le côte à côte. Le corps occupe la place qui a été prévu pour lui ou qu’on lui octroie et de fait produit ce qu’on attend de lui. Il maintient dans l’indifférence une attente commune à d’autres corps. Dans cet espace dédié et durant un temps déterminé, le corps ne cherche pas à savoir qui le regarde. Il est peut-être préférable, ici, qu’il ne sache pas ce qu’il fait et qui il est ? Qu'il s'oublie ?

Avec ce travail, je cherche à fixer cet évitement volontaire de contact où chacun (se) créer une zone frontière floue, où intime et public font mine de s’ignorer, mais co-existent malgré tout. Les faits et gestes des femmes, des hommes et des enfants qui se retrouvent là, suspendu à une attente comparable à la fois proches et lointains, sont autant de récits singuliers.

En quête de ce cette zone frontière floue je cadre des corps isolés dans la proximité voire la promiscuité d’autres corps, comme autant de portraits dont le regard est absent. Je collecte des parties de corps à l’abri des regards. J’agis en voyeur. Sans mot dire, j’observe et laisse advenir dans l’immobilité, le repli sur soi qu'engendre les distances que nous devons encore parcourir.