à propos...

16/8 est un projet sur lequel je travaille depuis 2016. Dans ce travail, les photographies de paysages urbains, périurbains ou ruraux et d'intérieurs privés ou publics que je réalise et collectionne font, pour deux entre elles, l’objet d’un rapprochement. En juxtaposant deux photographies de format carré, je crée des images dont le format n’est pas sans rappeler celui que l’on nomme couramment dans l’édition «paysage» ou « 16/9e» au cinéma.

En supprimant la distance qui sépare deux photographies, j'établis un contact entre deux représentations spatiales qui n’étaient ni faites, ni vouées à se rencontrer. Je fonde sur ce geste - point de contact et de rupture, de rencontre et de conflit, d’accord et dissensus - l’énonciation de ce qui ne se voit pas d’emblée. À partir de la séparation, de la discontinué, de la différence et d’un manquement d’évidence, j'organise sciemment de faux raccords. Avec cette série, je réalise un travelling d’un espace à un autre, une errance spatiale qui tend à désamorcer l’irréversibilité du temps.

L’impossibilité d’habiter le temps et de le nourrir de projets impose de s’agripper à  l’espace en allant d’un lieu à un autre. L’espace est un cran d’arrêt à la durée car si le temps échappe à toute tentative de contrôle et confronte à l’angoisse du devenir, l’espace, pure étendue, est maîtrisé par l’individu. On le parcourt à sa guise sans qu’il impose une direction irrémédiable, à la différence du temps. L’errance spatialise le temps pour en désamorcer l’irréversibilité et le tenir sous contrôle.

David Lebreton - Disparaître de soi / une tentation contemporaine